Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Integration Strategy Group, ISG, un lobby de trop

par franck nama 22 Janvier 2017, 07:52

 

Un  lobby de trop qui ralenti la stratégie nationale d'immigration et d'asile.

 

Dans ses Hautes orientations sur la nouvelle politique migratoire, sa Majesté le roi Mohamed VI a été on ne peut plus clair. Il invitait le gouvernement à mettre en place ‘’une nouvelle politique migratoire nationale, humaniste dans sa philosophie, globale dans son contenu, responsable dans sa démarche et pionnière au niveau régional’’. Mais, dans la pratique, que constatons-nous aujourd’hui?

Plutôt que d’œuvrer dans le sens de la volonté politique forte exprimée par le souverain chérifien, des acteurs marocains, parfois de premier plan, s’évertuent à brouiller le chemin qui doit conduire à la matérialisation de cette nouvelle politique migratoire. Bien entendu, leurs égarements et errements ont un impact négatif sur la marche vers un vrai cadre juridique destiné à asseoir les bases légales d’une véritable politique d’intégration. Nous allons y revenir !

C’est dans ce contexte, qu’en lieu et place d’actes concrets de nature à améliorer la condition des réfugiés et des  migrants, ces acteurs déploient des stratégies qui freinent le processus d’intégration. Là où, en pratique, les lois devraient être boostées, des fonds colossaux sont engouffrés dans l’organisation des conférences et des ateliers où, généralement, les réfugiés et les migrants sont absents, on finance des voyages sans enjeux et, aussi et surtout, on dépense sans compter dans un lobbying effréné.

C’est dans ce dernier contexte que l’on peut situer des initiatives du genre Integration Strategy Group, une organisation dont le soubassement laisse perplexe. Ce groupe tripartite, constitué de la Giz, prestataire de service de la coopération allemande,  du MRE, ministère des marocains de l’Etranger et en Charge des Affaires de la migration et en collaboration avec le German Marshall Fund des Etats Unis, soutient que son objectif est d’évaluer les opportunités et les défis actuels en matière de pratique d’intégration locale en Allemagne, en Turquie et au Maroc. Mais, en réalité, c’est juste un think tank où l’on passe son clair de temps à ressasser des projets plus théoriques que pratiques.

Quand ISG théorise l’intégration

Du 17 au 19 octobre, Rabat a accueilli la rencontre de l’ISG. Mais, il convient de souligner que, avant la capitale marocaine, les membres de ladite organisation -universitaires, fonctionnaires, décideurs ainsi que membres de la société civile- s’étaient déjà réunis à Berlin, en février 2016 et à Istanbul, en juin 2016. A lire le document de base de Integration Strategy Group, lors de ces deux précédentes rencontres, les participants avaient discuté au tour du thème : ‘’Le développement d’une stratégie d’intégration’’ et ‘’le rôle du niveau municipal dans la politique d’intégration’’. Et, finalement, à Rabat, c’est ‘’le pouvoir des réseaux transnationaux’’ qui a meublé le décor. Jusque-là, tout est normal!

Mais l’anormal vient dès que l’on jette un regard critique sur la composition des panels, sur  la structure de l’ISG qui s’est donnée l’autorité de parler au nom des réfugiés et migrants sans mandat et, surtout et aussi, sur les approches observées. En effet, la première situation anormale que l’on relève est le fait de traiter des questions qui concernent les réfugiés et les migrants sans associer les concernés et sans leur donner la voix. ‘’Je me demande quel est l’objectif que vous poursuivez quand vous organisez une rencontre qui parle des réfugiés sans les y associer’’, s’est ainsi interrogé Christos Christodoulides, responsable de la communication et chargé de projet à l’OIM.

C’est vrai que tout ce beau monde qui se prétend experts sur les réfugiés et clame développer des stratégies pour leur intégration, n’œuvre vraiment pas pour la résolution des problèmes.  ‘’Ils traitent les réfugiés comme des cobayes. Ils vont en rencontrer quelques uns dans des lieux sélects et reviennent raconter des expériences ‘’cinq étoiles’’ qui brouillent les vraies pistes’’, assène une militante associative, très remontée. ‘’Au Maroc, les réfugiés souffrent mais à écouter les interventions des ces supposés experts, on a l’impression qu’ici c’est le paradis’’, renchérit une autre activiste.

En effet, sur la question de l’intégration, les membres de l’ISG se comportent comme des médecins auscultant des malades fictifs. ‘’Au lieu d’accompagner les autorités marocaines dans le sens de la mise en place d’un cadre juridique devant garantir les droits aux réfugiés et migrants, ces experts partagent des expériences qui font croire que tout est rose alors que nous souffrons’’, s’insurge un réfugié. Ce dernier estime que la loi doit précéder le processus d’intégration. ‘’Sans une loi qui détermine les droits que les gens doivent jouir, il est difficile d’intégrer’’, décrète-il.

Comme on peut le constater, sans la maîtrise des réalités du terrain, les vraies, on ne peut vraiment prétendre contribuer à l’amélioration des conditions de vie des réfugiés et migrants. Les stratégies théoriques n y pourront rien ! A ce sujet, une autre réfugiée, dit philosophe : ‘’Réfléchir sur les migrants sans la présence des migrants, c’est comme l’intégration sans insertion sociale, sans cadre juridique’’. Pour parler d’expert, qui peut vraiment être plus expert que quelqu’un qui a vécu une expérience personnelle ? A ce sujet, suggère un autre réfugié : ‘’Le premier expert en question de migration ne peut être que le migrant, lui-même,  car porteur de son histoire propre, d’un parcours particulier et d’une expérience personnelle’’.

 ISG, un autre lobby ? Nous laissons  l’histoire juge.  Mais, le regret que l’on peut avoir face à cette situation, c’est l’amer constat  que ces messes intellectuelles mobilisent plus  l’attention des bailleurs et qui sont financées à coup des millions alors que les réfugiés et les migrants, cibles  d’innombrables stratégies institutionnelles et privées, misèrent. Et, c’est, très souvent dans une indifférence qui frise la non assistance à personnes en danger.

                                                                                    Franck Nama,mboyo eyekula

commentaires

Haut de page